En Côte d’Ivoire, le Ministère de l’éducation nationale a mis en place des « Girls Rooms » pour offrir plus d’espaces aux collégiennes et lycéennes, où elles peuvent désormais s’exprimer librement. Règles, hygiène et santé : ces écoles mettent fin aux tabous.
Dans une salle de classe d’Abidjan, des rires éclatent. Une jeune fille mime une scène, ses camarades l’encouragent, certaines applaudissent timidement. Rien d’extraordinaire en apparence. Et pourtant, pour beaucoup d’entre elles, prendre la parole ainsi devant d’autres n’allait pas de soi.
Car ces adolescentes ne viennent pas seulement apprendre. Elles viennent surtout respirer. Ici, dans ce qu’on appelle désormais une Girls Room, un espace pensé pour elles, elles trouvent ce qui manque souvent ailleurs : un lieu sûr, où l’on peut parler sans honte, sans peur d’être jugée, et sans avoir à “faire comme si tout allait bien”.
Un refuge discret au cœur du système scolaire
En Côte d’Ivoire, l’abandon scolaire reste une réalité préoccupante, et les filles sont parmi les plus exposées. Précarité, pression familiale, violences, grossesse précoce, mariages forcés, manque de moyens… Les raisons sont multiples, mais le résultat est souvent le même : des destins interrompus avant même d’avoir commencé.
Face à ce constat, des initiatives se multiplient pour créer, au sein même des établissements et des centres communautaires, des espaces d’écoute et d’accompagnement réservés aux filles. L’objectif n’est pas uniquement éducatif. Il est aussi psychologique, social, et vital.

Apprendre à se reconstruire, pas seulement à étudier
Dans ces espaces, les filles suivent des séances plusieurs fois par semaine. On y parle lecture, calcul, mais aussi droits, santé reproductive, prévention des violences basées sur le genre, communication avec les parents. Et surtout, on y apprend quelque chose de plus rare encore : la confiance.
Et parfois, une simple séance fait basculer une vie. Lors d’un atelier centré sur l’estime de soi, une adolescente confie qu’elle voulait s’éclaircir la peau. Après les échanges, elle change d’avis : l’argent qu’elle comptait consacrer à une crème dépigmentante servira finalement à acheter de quoi manger.
Pour celles qui participent, ces espaces ne représentent pas seulement un soutien ponctuel. Ils offrent une seconde chance. Christelle, par exemple, a quitté l’école très tôt après la mort de sa mère. Elle raconte avoir longtemps cru que l’éducation n’était plus pour elle. Aujourd’hui, elle revient apprendre à lire et à écrire. Pas par obligation mais par choix.
Les Girls Rooms : le début d’un nouveau récit
Ces programmes changent complètement la manière dont ces jeunes filles se regardent elles-mêmes. Beaucoup découvrent qu’elles ont le droit d’avoir des ambitions. Qu’elles ont le droit de dire non. Qu’elles ont le droit de parler de violence, de pression, ou de douleur.
À l’heure où la santé mentale reste encore largement ignorée dans de nombreux contextes africains, ces espaces prennent une dimension particulière. Ils rappellent que l’éducation ne se limite pas aux notes ou aux diplômes. Elle passe aussi par la reconstruction intérieure.
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