Il avait déjà dépassé les frontières de la Côte d’Ivoire et conquis le vocabulaire de la jeunesse française. Le terme « Goumin », directement tiré de l’argot ivoirien, s’est récemment emparé d’Hollywood, en traversant les lèvres des superstars Margot Robbie et Jacob Elordi, de passage à Paris pour la promo du film « Hurlevent ».
Un mot né dans la rue, devenu un marqueur culturel
À l’origine, le « goumin » n’est pas une expression “tendance”. C’est un mot vivant, installé dans le langage populaire ivoirien. Il vient du nouchi, cet argot urbain né à Abidjan, qui mélange un peu de français, de langues locales et beaucoup de créativité. Un parler qui n’a jamais cessé d’évoluer, de se réinventer et de produire des termes capables de traverser les générations.
Comme beaucoup de mots issus du nouchi, goumin a longtemps circulé dans les conversations du quotidien, dans les quartiers, dans les chansons, et dans les blagues entre amis. Et puis, progressivement, il s’est imposé comme un terme incontournable, parce qu’il dit quelque chose que tout le monde comprend immédiatement : le chagrin d’amour.
Le goumin, ou l’art de nommer le chagrin d’amour
Car le goumin, c’est avant tout ça. Un chagrin d’amour, mais pas celui qu’on résume à une simple déception. Le goumin, c’est le cœur qui se serre, l’estomac qui se noue, l’appétit qui disparaît, et l’attachement qui ne veut pas lâcher. Une peine sentimentale très dure à vivre, qu’on traverse souvent en silence.
Dire qu’on est “en goumin”, c’est avouer qu’on ne va pas bien. Qu’on a aimé trop fort, ou qu’on a été laissé derrière. C’est un mot qui condense la douleur, mais aussi une forme d’autodérision : parce qu’en Côte d’Ivoire, on souffre, mais on raconte aussi. On pleure, mais on rit parfois en même temps. Et c’est exactement ce mélange qui fait la force du terme.
Quand Hollywood s’en mêle
Ce qui rend l’histoire encore plus savoureuse, c’est la manière dont le mot a franchi un nouveau cap. Lors d’une interview récente à Paris, en pleine promotion du film Hurlevent, un journaliste demande à Margot Robbie et Jacob Elordi s’ils connaissent la signification du mot “goumin”. Les deux stars découvrent alors, presque en direct, que ce terme ivoirien désigne un chagrin d’amour.
Et le clin d’œil est parfait car le film qu’ils sont venus présenter repose justement sur ce thème : Hurlevent. Passion, obsession, et douleur amoureuse… le goumin, version cinéma. Voir un mot d’argot ivoirien surgir dans une interview hollywoodienne, prononcé avec curiosité et amusement par deux célébrités internationales, dit quelque chose de très actuel : la culture populaire africaine n’est plus seulement exportée, elle est désormais intégrée.
De la Côte d’Ivoire à la France, puis au monde
Bien avant Hollywood, goumin avait déjà fait son chemin. Depuis plusieurs années, le mot circule largement en France, porté par la diaspora, les réseaux sociaux, les références culturelles afro-francophones, et une jeunesse qui adopte naturellement des expressions venues d’ailleurs lorsqu’elles sonnent juste.
Sur TikTok et Instagram, on “fait son goumin”, on “raconte son goumin”, on “sort du goumin”. Le terme est devenu un réflexe pour parler de peine de coeur de manière plus décomplexée. Aujourd’hui, le goumin ne se limite plus à l’argot. Il rappelle que l’Afrique francophone continue d’influencer le langage mondial, parfois sans même le chercher.
Et si Margot Robbie et Jacob Elordi viennent tout juste de le découvrir, une chose est sûre : le goumin, lui, n’a pas fini de voyager.
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